J22 – Brioude à Saint-Julien-des-Chazes

Chapelle à Saint-Ilpize

























Le réveil d’une nuit peu agréable pour tous, à cause d’une tente en pente et d’une envie de pipi pour Nils, fut difficile. Ensuite, comme Nils et moi prenions trop de temps pour ranger nos affaires, Papa nous lança un défi à la récompense alléchante : si nous rangions nos affaires en 13 minutes, alors nous aurions le double de remboursement des dépenses de la veille. Ainsi, Nils et moi devînmes les personnes les plus rapides du monde : notre défi fut relevé. Et quand, 13 minutes plus tard, nous allâmes voir Papa, tout fiers, la vérité (Papa) nous frappa. En réalité, le défi était de ranger nos affaires, comme nous l’avions compris, mais aussi de plier la tente, ce qui était loin d’être fait. Ainsi, c’est dans l’amertume de la trahison et la peine de voir une telle opportunité s’envoler que nous rangeâmes notre tente. Nils pense que Papa est un gros arnaqueur, et Anna nous garantit que Papa ne nous a pas arnaqués et que nous avions mal entendu. Selon Papa, Nils et moi savons ranger vite si nous sommes motivés.
Puis, nous avons descendu la pente si difficilement montée la veille, et nous nous sommes mis en route, dans les montées et les descentes si caractéristiques des routes de montagne, en passant par de nombreux ponts. Notre route suivait l’Allier, une piste spéciale pour les vélos, au plus près de cette rivière à saumons, et passait par un grand nombre de villages. Alors que nous passions par le charmant village de Saint-Ilpize, notre ventre criait famine, et nous décidâmes donc de demander à un gentil monsieur, passant par là, où nous pouvions acheter à manger. Il nous expliqua qu’ici, le seul point de restauration était le café de Paul et Nanard, au bout de la rue. C’était un adorable café, décoré avec des disques emblématiques, allant de Françoise Hardy à Sardou. La musique que l’on entendait depuis dehors était “Paroles” de Dalida et Delon. Nous nous sommes assis, accueillis par une très gentille dame, qui en était la gérante avec son mari. Et non, elle ne s’appelait pas Nanard ; ce sont en fait les prénoms de leurs grands-pères (Paul et Bernard, donc). Leurs spécialités sont d’Auvergne et d’Alsace ; nous avons donc pris des “Bretz”, sandwichs au pain bretzel (avec du jambon auvergnat et du cantal, et moi, de la truite pêchée dans la rivière), et des Spätzle à la truite et crème pour Papa.
Nous avons goûté quatre limonades artisanales sans sucre : à la verveine, au sureau, à l’agastache, et à la menthe ; la grande préférée est la verveine, suivie de près par la menthe. Puis nous avons mangé un Royal de BouBou, venu de la Bou’Boulangerie du village d’à côté, et des sorbets artisanaux à la fraise, rhubarbe et verveine ; le favori est à nouveau la verveine. Le Royal de BouBou était un dessert composé de biscuit joconde, avec une mousse au chocolat au-dessus, du cacao en poudre et des vermicelles de chocolat. Nous nous sommes sincèrement régalés, et avons pris trois bretzels pour le goûter : sel, cantal, et cantal-lardons.
Puis nous sommes repartis à regret, et avons continué les montées et descentes incessantes, passant par de nombreux ponts massifs en fer, au-dessus de l’Allier, accompagnés de l’habituel panneau “rivière à saumon”. Nous sommes passés par de grands champs de maïs, et en avons cueilli assez pour pouvoir en manger dans la soirée, comme la veille. Après des montées toujours plus longues, nous sommes arrivés à un Super U, où nous nous sommes arrêtés pour faire les courses du dîner. Pendant qu’Anna et Papa faisaient les courses, Nils a mangé son bretzel cantal-lardons, et j’ai mangé moitié sel-cantal. Quand Anna est revenue, elle a trouvé qu’elle n’en avait pas assez ; en effet, quand mes bouts étaient à côté des siens, ils paraissaient égaux, mais comme elle n’avait pas la comparaison, je comprenais tout à fait son sentiment d’injustice. La liste de courses fut longue, et Nils porta une grande charge de Boursin et de cocas. Je portais les baguettes, bien trop longues pour mon porte-bagages, ce qui faisait qu’elles dépassaient sur ma selle. Ainsi, à chaque fois que je bougeais (c’est-à-dire constamment), les pains faisaient des bisous à mes fesses. Nous avons mangé pour le goûter des Pims et du Yop, puis sommes partis (à regret, comme toujours).
Puis nous avons pris, à notre habitude, les petites routes de montagne, celles avec un grand mur d’un côté et une falaise d’arbres de l’autre. Au bout d’une grande montée, un miracle arriva : une grande aire, plate, partiellement cachée de la route, où nous pourrions planter nos tentes. Il nous restait 15 km à faire, mais l’offre était si belle que nous décidâmes de nous y arrêter. Alors, nous descendîmes plus loin pour trouver un vrai terrain, très agréable, et un petit chemin de 20 m qui menait à la rivière, délicate. Nous étions ravis. Nous commençâmes le déchargement de nos bagages, quand Papa proposa un défi, du même genre que celui du matin, sans récompense d’argent (il a appris de ses erreurs). Les règles étaient simples : monter la tente, planter les piquets et installer la mezzanine pour avoir fini, le tout chronométré. Anna et Nils commencèrent. Au top départ, ils se mirent à travailler comme ils (Nils) ne l’avaient jamais fait. Quand ils eurent fini, le chrono s’éteignit, j’inspectai, et le verdict tomba : tout bien fait, en 2 min 59 sec 59 ms. Puis ce fut le tour de Papa et moi, et dans les mêmes conditions, nous nous exécutâmes. Nos mains en l’air, Anna vint inspecter, et Nils nous annonça notre résultat : 2 min 32 sec 48 ms. Nous avions gagné ! Anna se sentait défavorisée par Nils, qui lui répondit qu’elle n’était rien qu’une méchante (pour être poli).
Puis, faire le repas était de la plus grande importance. Nous sortîmes tout de nos sacs, et Anna et moi commençâmes le feu. Nous disposâmes des pierres en cercle, commençâmes à rassembler toutes sortes de bouts de bois et de la paille. Papa vint et nous donna une allumette. D’un coup de maître, Anna insuffla au feu le souffle de la vie, et le garder fut une réelle épreuve. En plus, il n’avait pas faim ! Nous avions beau lui donner plein de bois, ce filou se laissait mourir. Finalement, il prit au tipi de gros bois que nous lui avions érigé au-dessus de la tête, et nous pûmes commencer notre dîner.
Nous commençâmes par les cocas et les chips, puis du melon et du jambon sec ; là, Papa choisit ce moment pour nous apprendre ce dont il rêvait depuis des jours. Il nous donna à chacun une relique française, j’héritai du pinot noir. Il nous indiqua comment nous disposer, et, avec nos grands sourires sur la figure, l’appareil devant ses yeux et le doigt sur le bouton, il nous exposa au grand savoir français :
Du pain, du vin, et du Boursin!
Nils vit ce jour-là son premier verre de vin, et Anna buvait comme un trou. Papa nous faisait des toasts, et je me régalais. Nils, qui était d’abord réticent à l’idée de manger du fromage Boursin, finit par en manger autant que moi. Après le festin, nous avons ouvert les petites cacahuètes salées et mangé les koalas, petites guimauves enrobées de chocolat. Quand le repas fut fini, tout le monde vaqua à ses occupations, allant de la lecture à la gestion du blog, assis autour du feu. Vers 21h, la nuit tombant, nous avons décidé de commencer à ranger. On éteignit le feu, jeta les détritus dans un sac-poubelle et partit se laver les dents. Finalement, on put aller se coucher plus tôt que d’habitude, vers 22h.
PS : pour ceux que ça intéresse, les livres lus en ce moment sont :
- Nils : Numéro Deux, David Foenkinos
- Papa : Without Fail, Jack Reacher
- Anna : L’Aube sera grandiose, Anne-Laure Bondoux
2 Comments
Peter
Magnifique 🙂
Livke
Merci ! Je suis contente que ça vous plaise.