On the road

J24 – Chapeauroux au Bois de Mercoire (Lon: 3.78106, Lat: 44.60831)



Papa s’est réveillé vers 9h, et en venant chercher le câble dans notre tente, il m’a réveillée aussi. Je me suis mise debout, pensant que Nils et Papa nous attendaient, et en arrivant à l’accueil, je ne vis que Papa, qui était surpris de me voir. Il était venu chercher son café et des croissants, et vu que j’étais là, il m’a offert un chocolat chaud.
En payant, Papa s’est à nouveau rendu compte de notre descente dans le sud : les prix augmentent, plus encore que la température. Nous sommes allés en terrasse, où je me suis pelée, et une fois le petit-déjeuner fini, nous avons réveillé Anna et Nils. Le temps que les tentes soient rangées, il était presque 11h ; Anna et Nils se sont disputés, et en punition, ils n’ont pas eu leurs croissants.

Nous sommes partis et avons commencé par une montée peu pentue, mais atrocement longue. J’étais, comme il y a deux jours, la première, jusqu’à ce que je prenne conscience de la terrible douleur qui sévissait dans mes genoux. Alors, dans une suite terrible, je me rendis compte de mon point de côté, de mon mal aux poignets, de ma fatigue, que mon dos me grattait, que j’étais essoufflée et que ma gorge était sèche. Et, tous ces malheurs accumulés, je n’étais plus du tout la première et priais pour la fin de cette affreuse montée.

En fonction de l’environnement près de la route, plein de types d’insectes et de petits animaux y vivent, tous plus différents les uns des autres. Par exemple, dans l’herbe sèche, il y a les grosses sauterelles jaunes, et dans l’herbe fraîche, les petites vertes ; là où sont les grandes pierres, il y a aussi des lézards, et l’on peut voir des écureuils dans les grands sapins.
Ainsi, aujourd’hui, j’ai vu comme animaux morts : un gros gecko, un petit lézard, plein de sauterelles et un papillon. Le gecko était si gros, et je me posais tant de questions : les vies ne se valent-elles pas ? Pourquoi fait-on un drame d’une vie humaine perdue, alors que l’on ôte nous-mêmes des dizaines de vies chaque jour ? Ne serait-ce que les fourmis ? Enfin, je ne sais pas ; peut-être que des gens meurent et que personne n’en est jamais au courant.

Sur la route, Papa a crevé son pneu arrière, et l’a réparé, ce qui a pris un temps fou. Anna et moi en avons profité pour aller voir les chevaux, que l’on a caressés ; nous étions ravies.

Puis, nous sommes arrivés au village de Pradelles, où nous sommes tombés sur un très charmant café. Nous y avons commandé de quoi boire, puis en demandant de quoi manger, on apprit que c’était la fin du service ; nous pouvions tout de même manger ce qu’il leur restait.
On nous a alors servi, par personne, une copieuse assiette de charcuterie, puis un rougail saucisses avec des pommes de terre sautées, suivi d’une assiette de fromages et d’un dessert au choix ; nous avons tous choisi une île flottante (faute de mousse au chocolat pour Papa) et un café pour celui-ci. Ainsi, nous avons très bien mangé (pour le tiers du prix au camping), et avons fort sympathisé avec la gérante et son unique employé ; ils étaient très gentils et intéressants.

Puis, nous avons pédalé à travers la ville, très belle et médiévale — Pradelles étant classé patrimoine historique et parmi les plus beaux villages de France.
Nous sommes ensuite partis pour l’Intermarché de Langogne, près du lac, et avons mis environ 45 minutes à y arriver, car malgré la distance, nous étions dans de grandes descentes.
À l’Intermarché, nous avons acheté de quoi manger pour ce soir et le lendemain matin. Un monsieur possédant une impressionnante Ducati Monster est venu nous parler de nos vélos, qu’il trouvait magnifiques. Après une dispersion des victuailles dans nos différents sacs — dont la moitié dans le sac de Nils — nous partîmes.

Notre route passait par la nationale, pendant 5 km, où j’avais une migraine, et dus donc mettre mes lunettes ; ce furent les 5 km les plus stressants du voyage pour Papa (pour l’instant du moins).
Une fois ce segment fini, nous nous rendîmes dans la forêt, où une montée longue, si longue, nous attendait. Sur le chemin, on trouva une statue de chouette, directement sculptée dans un tronc d’arbre, dont les racines subsistaient dans le sol.
À l’issue de cette épuisante montée, il était enfin temps de chercher où dormir. Nous avons alors fait quelques kilomètres de plus, pendant lesquels la pluie s’est abattue sur nos têtes, puis finalement nous avons pris un petit sentier s’enfonçant dans la forêt. En le suivant, nous guettions des terrains plats et dégagés, où nous pourrions installer nos tentes.

Soudain, un cadeau de Dieu fut, à notre droite : un superbe refuge.

En entrant, après avoir grimpé des marches d’escalier en bois moisi, nous pûmes constater avec plaisir que les lieux étaient assez propres (pas d’insectes ni de décharge) et que nous pouvions y dormir.
Nous montâmes les vélos difficilement, après une exploration rapide du refuge. Les lieux comprenaient une grande pièce, avec un poêle à bois, une table à manger et un lit sans matelas ; une petite chambre sur le côté, qui donnait par une large ouverture accès au grenier (mais sans échelle ou quoi que ce soit), et avec des lits superposés (sans matelas) encombrés de bric-à-brac dégueu ; une pièce que nous n’avons pas pu ouvrir, certainement des toilettes ; et enfin une grande pièce, plus bas, en béton, où il y avait un évier, une cuisinière Aga, des dépôts (vieilles affaires méconnaissables, grande armoire vide…) et une immense pile de matelas moisis, affreux.
Le refuge ne sentait pas très bon, mais nous avons pu ouvrir les fenêtres pour aérer et avoir de la lumière.

Puis, nous commençâmes notre repas, après avoir mis en marche le poêle en allumant un feu réchauffant. Il était composé de maquereaux, salades, melon et jambon Serrano, pommes, pain et cannettes de Schweppes. J’avais si mal au ventre, alors je mangeai très peu.
Puis, la nuit tombée, Papa installa son matelas sur un large banc, qui devait servir de lit, et nous, enfants, sortîmes sur ses conseils une tente qu’on installa dans la pièce : les échardes du parquet pouvaient trouer les matelas, et le sol était crasseux.
On y installa nos lits, puis on se brossa les dents. Anna alla vite se coucher, et j’écrivais ce texte quand Nils expliqua son envie de faire pipi. Il était terrifié d’aller tout seul dehors, et après maintes tentatives de le convaincre, j’eus l’idée du siècle.

— “Et Nils, si tu y allais avec de la musique pour te donner du courage ?”

Il partit, une musique assourdissante sortant de son téléphone, heureux comme un pape.
Puis on se mit dans nos lits, dans le but de s’endormir.



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